Du rififi au Medef
Suspecté de gérer une caisse noire, le président de l'UIMM refuse de donner le nom des destinataires des fonds
 
 
L'enquête lancée par le parquet de Paris sur d'éventuelles malversations commises par Denis Gautier-Sauvagnac, président de l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, pose à ce jour plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Certitude : entre 2000 et 2007, des responsables de l'UIMM ont retiré 5,64 millions d'euros d'argent liquide d'une agence BNP-Paribas de Paris avec des chèques portant la signature de «DGS». L'information, biaisée, puisque DGS n'a jamais été lui-même retirer les fonds, a été révélée par «le Figaro», entraînant la saisine immédiate du parquet. Denis Gautier-Sauvagnac, ami personnel de Michel Pébereau, président de BNP-Paribas, avait été avisé que la banque allait être obligée de prévenir Tracfin, le service de Bercy chargé de traquer le blanchiment d'argent. Pourtant, les mouvements n'ont jamais cessé.
A quoi servait l'argent ainsi retiré ? A «arro ser» les syndicats et les hommes politiques ? Ou à financer quelque vice caché de DGS ? Cette dernière hypothèse n'est guère en ligne avec le profil de cet inspecteur général des Finances, austère. L'arrosage des politiques ? Ce fut une tradition du Comité des Forges, dont est issue l'UIMM, principal contributeur du Medef. Mais les initiés affirment que cette «caisse noire» servirait aujourd'hui à mettre de l'huile dans les «rouages sociaux». De là viendrait le poids de DGS face à Laurence Parisot, présidente du Medef, association soumise au contrôle strict de ses comptes, tandis que l'UIMM bénéficie de l'opacité ac cordée aux syndicats. Sans surprise, CGT, CFDT, FO et CGC nient en bloc.
Seconde interrogation : pourquoi l'affaire éclate-t-elle aujourd'hui, à la veille de négociations décisives, alors que, selon nos informations, les retraits en liquide de l'UIMM sont réguliers depuis... 1947 ? Les trois derniers ministres des Finances, Nicolas Sarkozy, Thierry Breton et Christine Lagarde, en avaient eu connaissance, même si la dernière s'en défend. Selon un de ses proches, l'affaire a suivi un cours normal, dans le cadre de la mission de Tracfin. Peu crédible, pour qui connaît les rouages de l'Etat. Pourquoi en effet avoir attendu autant d'années ?
Au Medef, on souligne qu'en s opposant à la fusion ANPE-Unedic, au contrat de travail unique et aux réformes de la représentativite syndicale DGS exaspérait l'Elysée. Mais difficile pour au tant d'en conclure que la saisine du parquet viendrait du sommet de l'Etat, où l'on aurait voulu disqualifier à la fois le négociateur du Medef et les syndicats... Si Gautier-Sauvagnac ne dévoile pas les destinataires des fonds retirés en son nom, il risque d'être accusé d'abus de confiance et d'enrichissement personnel.
 
Airy Routier
Le Nouvel Observateur041007

Le ParisienNATDIV-DIV_041007
« Des arrangements en dehors de tout contrôle » HUBERT LANDIER, expert en relations sociales 
Pourquoi l’affaire Denis Gautier-Sauvagnac a amené autant de suspicions sur le financement des syndicats ? 
Hubert Landier. Il faudra attendre la fin de l’enquête pour savoir à quoi a servi cet argent. Mais cette affaire nous montre que le financement des syndicats demeure une question tabou. On assiste à une véritable omerta de tous ceux qui y participent pour conserver une paix sociale. En fait, ce mode de fonctionnement permet toutes les dérives et tous les petits arrangements et cela en dehors de tout contrôle.
Précisément, comment sont financés les syndicats ?
A cause du faible nombre d’adhérents, la part des cotisations ne dépasse pas 30 % du budget des confédérations syndicales. Celles-ci ont dû chercher depuis trente ans d’autres sources de financement, surtout les petites organisations. En gros, il y a deux canaux principaux pour collecter des fonds : l’Etat et les collectivités publiques d’un côté et les institutions paritaires de l’autre. Il faudrait ajouter aussi la participation des entreprises et aussi celle de l’Union européenne. Dans ce maquis de financement, les trésoriers de certaines organisations syndicales sont bien en peine d’estimer le budget annuel de leur centrale.
« Manque de transparence »
Mais ce sont des financements tout à fait légaux ?
Certainement. Mais le circuit financier manque cruellement de transparence. Les confédérations ont du mal à avoir des comptabilités claires et précises de leurs fédérations. Les financements extérieurs sont versés sans réel contrôle. Il existe par exemple des soupçons sur une partie des sommes normalement versées par le ministère du Travail pour la formation syndicale. Les listings de participation aux stages envoyés au ministère seraient incontrôlables. Selon la loi, les syndicats qui représentent les salariés ou les employeurs ne sont pas tenus de faire certifier leurs comptes.
Pourquoi les syndicats et le patronat sont embarrassés par cette affaire ?
Dans le système actuel, chacun y trouve son compte. Un syndicat ou une fédération professionnelle, même très minoritaire, peut signer un accord pour l’ensemble des salariés. Certaines organisations patronales peuvent être tentées d’assurer la survie de ces syndicats en échange de leur compréhension lors de négociations.
Propos recueillis par F.Vig.
Hubert Landier.
(DR.)
 
Perquisitions chez Gautier-Sauvagnac
ERIC DECOUTY et BÉATRICE TAUPIN.
 Publié le 04 octobre 2007
Actualisé le 04 octobre 2007 : 07h17
 
 
 
La brigade financière a fouillé le siège de l'union patronale de la métallurgie et le domicile de son président.
 
L'AFFAIRE est partie sur les chapeaux de roues. Saisis mercredi dernier d'une enquête préliminaire par le procureur de la République de Paris, les policiers de la brigade financière ont mené hier une double perquisition dans les locaux de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et au domicile de son président, Denis Gautier-Sauvagnac. Les enquêteurs y auraient saisi divers éléments comptables ainsi qu'un ordinateur.
 
Révélée par Le Figaro, l'affaire porte sur 5,64 millions d'euros, retirés en liquide des caisses de l'UIMM par « DGS » entre 2000 et 2007. Les enquêteurs cherchent à vérifier la destination de ces fonds, la piste de financements syndicaux étant « actuellement privilégiée ». Au terme de cette enquête préliminaire qui pourrait se prolonger plusieurs semaines, le procureur de Paris devrait ouvrir une information judiciaire pour « abus de confiance ».
 
Plus d'une semaine après le début de l'affaire, l'onde de choc qui a traversé le patronat et, au-delà, l'ensemble des acteurs de la démocratie sociale, se propage encore. Et le silence de Laurence Parisot est à la mesure de l'embarras dans lequel la présidente du Medef s'est trouvée projetée. On pourrait en dire autant des politiques : pas le moindre commentaire. Quant aux syndicats, ils ont fait le service minimum. Et nié toute implication, maniant parfois l'humour comme Bernard Thibault (CGT) hier sur RTL qui a rappelé qu'il avait, dès 1999, souhaité une réforme de la représentativité syndicale et du financement. Une discrétion qui tranche avec les réactions immédiates et enfiévrées qui se sont emparées du monde politique et syndical sur l'affaire EADS.
 
Laurence Parisot devrait finalement s'exprimer ce matin. Un exercice difficile, même pour qui veut « faire bouger les lignes ». S'il n'est un secret pour personne qu'elle et Denis Gautier-Sauvagnac qui représente plutôt l'aile conservatrice du patronat ne s'entendent pas, ils doivent se ménager et cohabiter. Elle aurait sans nul doute souhaité que, momentanément au moins, il suspende de lui-même son mandat de négociateur de la modernisation du marché du travail. DGS ne semble pas sur cette ligne et s'applique à ne rien changer de son emploi du temps : il a présidé hier soir la réunion des négociateurs patronaux, participé l'après-midi aux travaux du Conseil économique et social tout comme il s'était rendu au séminaire de la délégation des entreprises privées en Corse le week-end dernier. « Business as usual », fait-il dire par son entourage. Peut-elle lui imposer de se retirer, au nom de l'intérêt supérieur de la démocratie sociale ?
 
Un système peu transparent
 
C'est prématuré, vu son attachement à la présomption d'innocence. D'autant que le bureau de l'UIMM vient de redire sa confiance unanime à son président. Pour combien de temps ? Si nombre de patrons reconnaissent en privé que l'UIMM a sans doute oeuvré à « fluidifier le dialogue social » en versant des « subventions à tel ou tel », les mêmes considèrent que la période ne s'accommode plus d'un système aussi peu transparent. Syndicats et patronat étaient convenus de négocier sur la représentativité syndicale et le financement. Les événements actuels pourraient accélérer le mouvement.
 


Ecrire un commentaire - Publié dans : Actualité sociale - Par UNSA Nucléaire
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