Proglio vise un rapprochement EDF-Veolia au moins industriel : |
PARIS (Reuters) - Henri Proglio, le nouveau P-DG d'EDF, déclare qu'il souhaite un rapprochement "au moins" industriel entre l'électricien public français et Veolia Environnement. Prié de dire s'il était en faveur d'un scénario de rapprochement, Henri Proglio a répondu sur Europe 1: "Absolument, au moins industriellement, cela fait plein de sens. Est-ce qu'il est absurde aujourd'hui de constituer la filière du post-Copenhague, la proposition d'actions qui répond à l'ensemble des ambitions du monde du XXIe siècle?" Henri Proglio a cependant de nouveau exclu de fusionner EDF et Veolia, le numéro un mondial des services à l'environnement, dont il conserve la présidence non exécutive alors qu'il en était jusqu'ici le P-DG. Le quotidien Le Monde écrit de son côté dans son édition de vendredi qu'EDF pourrait monter jusqu'à 15% du capital de Veolia, contre 3,9% actuellement, en lui cédant sa participation de 34% dans leur filiale commune de services énergétiques Dalkia, confirmant des informations obtenues par Reuters. Interrogé sur les actions qui seront mises en oeuvre pour améliorer la disponibilité du parc nucléaire d'EDF en France, Henri Proglio a déclaré sur Europe 1: "Nous allons faire en sorte que l'on ait moins de réacteurs en maintenance et en arrêt qu'actuellement, et donc faire en sorte que le parc soit plus efficace. C'est une réalité nécessaire et c'est une priorité." Prié de dire si les tarifs de l'électricité en France n'auraient pas à augmenter si le parc nucléaire fonctionnait correctement, le nouveau P-DG d'EDF a dit: "Je ne sais même pas s'il faut les augmenter. J'aurai la réponse quand j'aurai une équation plus claire des conditions dans lesquelles cet outil qu'est la production française va être exploité". "Les tarifs auront de toute façon à évoluer", a-t-il ajouté. Son prédécesseur, Pierre Gadonneix, avait évoqué au début juillet la nécessité d'une hausse de 20% des tarifs de l'électricité en France sur trois ans, en mettant en avant les importants besoins d'investissements du groupe public. POUR UNE "ÉQUIPE DE FRANCE UNIE" Le Premier ministre François Fillon et la ministre de l'Economie Christine Lagarde se sont rendus en fin de matinée sur le chantier du réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR à Flamanville (Manche), en compagnie des dirigeants d'EDF et d'Areva. Henri Proglio a confirmé sur Europe 1 que ce réacteur devrait commencer à produire de l'électricité en 2013. Evoquant l'appel d'offres pour la construction de plusieurs réacteurs nucléaires à Abou Dhabi, il a déclaré: "Je crois que l'équipe de France a vocation à être unie, coordonnée." EDF pourrait endosser un rôle de chef de file des groupes français qui essaient de remporter un contrat de plusieurs réacteurs nucléaires à Abou Dhabi, rapporte jeudi le quotidien Les Echos. Le consortium regroupant Areva, GDF Suez et Total - avec le soutien d'EDF - semblait le mieux placé il y a quelques mois pour décrocher ce contrat estimé à 40 milliards de dollars. Mais une certaine dispersion des acteurs du consortium, le prix proposé et les difficultés rencontrées sur les chantiers des réacteurs de nouvelle génération EPR de Flamanville et d'OL3, en Finlande, pourraient avoir compromis ses chances, estiment certains observateurs. LA DETTE, PAS UNE PRIORITÉ Interrogé sur une éventuelle privatisation d'EDF, détenu à 85% par l'Etat français, Henri Proglio a déclaré sur Europe 1: "Ce n'est ni ma vocation, ni mon intention. Ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain." Henri Proglio a par ailleurs déclaré au Figaro qu'il excluait toute prise de participation d'EDF dans certaines activités d'Areva, estimant que certains de ses propos avaient été mal interprétés. Dans Le Monde, il a fait savoir que "rien ne sera(it) fondamentalement remis en cause" dans les projets internationaux lancés par Pierre Gadonneix et indiqué que la dette d'EDF ne constituait pas "une préoccupation prioritaire à ce jour". Au Wall Street Journal, Henri Proglio a en outre dit qu'EDF disposait d'un cash flow suffisant pour financer un programme d'investissements nucléaires et de maintenance des réacteurs dans le monde pendant la prochaine décennie. Selon le quotidien américain, il n'a toutefois pas écarté l'idée d'une augmentation de capital pour l'électricien public. Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez |
INTERVIEW EXCLUSIVE - Officiellement nommé mercredi en Conseil des ministres, le nouveau PDG d'EDF Henri Proglio affirme qu'il veut redonner une ambition industrielle et humaine à l'entreprise publique.
LE FIGARO. - Vous connaissez bien EDF, dont vous étiez administrateur. Quel est votre diagnostic ?
EDF est une entreprise de premier rang qui affiche de très fortes compétences, au delà de la seule activité nucléaire. Sa présence internationale est aujourd'hui bien engagée. Ses forces sont indiscutables. Au-delà de ce constat rapide, j'ai la conviction que cette maison a besoin de retrouver une grande ambition industrielle et humaine. Son identité s'est un peu diluée, il faut construire un grand projet d'avenir.
Quelles vont être vos priorités ?
Elles sont nombreuses mais j'ai la certitude que la condition de toute réussite repose sur la mobilisation de toutes les équipes. L'aventure humaine, c'est un pilier de notre réussite. Ce chantier est immense. Dans les cinq ans qui viennent, une grande partie de l'encadrement de l'entreprise va faire valoir ses droits à la retraite, or rien n'a été fait en termes de création et de renouvellement des compétences. L'ambition industrielle qui est au coeur de la mission qui m'a été confiée par le président de la République doit donc s'accompagner d'une véritable ambition sociale. Toutes les filières de l'entreprise, à commencer par l'ingénierie des opérations, reposent sur leurs qualités d'expertise. L'accès à ce savoir-faire, de même que sa transmission, doit devenir un élément clé. Sur le modèle que nous avons mis en place chez Veolia, nous allons très vite créer des centres de formation pour transmettre et accéder aux savoirs. C'est une priorité absolue.
Qu'en est-il de vos ambitions industrielles ?
EDF, c'est un industriel de l'énergie qui a vécu de grandes aventures dans l'hydraulique et dans le nucléaire. Nous ne devons pas perdre cette vision d'industriel puissant en France et à l'étranger. Or, le groupe axe aujourd'hui tout son développement sur un seul réacteur. Notre catalogue, cela ne peut être uniquement l'EPR. EDF doit donc diversifier son offre dans le nucléaire mais aussi reprendre son leadership en thermique et en hydraulique. C'est une nécessité. Il se construit chaque jour une centrale thermique dans le monde. On attend de nous de l'expertise dans la construction de centrales, l'exploitation et la gestion des réseaux.
Vous n'avez donc pas l'intention de vous séparer des réseaux…
RTE et ERDF font partie de notre cœur de métier et ont vocation à le rester.
Comment comptez-vous améliorer la disponibilité du parc de centrales nucléaires ?
Avant toute chose, le mode de fonctionnement du parc nucléaire d'EDF est particulier. En France, les centrales servent à produire de l'électricité de base, mais également de pointe ce qui est moins le cas dans les autres pays qui réservent leur parc nucléaire à l'électricité de base. De fait le taux de disponibilité de nos centrales ne pourra jamais atteindre les 90% affichés par certains de nos concurrents. En revanche, nous pouvons viser raisonnablement les 85%, un niveau dont nous étions proches voici quelques années. Pour cela, une triple approche, humaine - la mobilisation des équipes -, organisationnelle et financière sera mise en application. Ce dossier est d'autant plus important qu'un point de disponibilité pour les centrales se traduit par un impact de 300 millions d'euros sur le compte d'exploitation.
Le gouvernement veut avant l'été une réforme qui implique qu'EDF cède de l'électricité à ses concurrents à prix coûtant. Vous avez déjà affiché votre opposition…
Il semblerait dans les projets qui circulent qu'EDF doive subventionner les autres opérateurs en leur permettant d'acheter une partie de son électricité à son prix de revient. Cela suscite chez moi un certain malaise. Imaginez n'importe quel chef d'entreprise face à ce type de situation : il ne pourrait l'admettre. Peut-on raisonnablement demander à EDF, qui a investi pendant des années pour constituer son parc nucléaire, de faire profiter tous ses concurrents des efforts consentis en amont. Je suis bien décidé à m'opposer à une telle perspective qui conditionnerait toute la politique tarifaire future d'EDF.
Après la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, confirmerez-
La Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la Chine ne sont pas les seuls chantiers internationaux engagés. En Italie également, nous avons des projets importants à travers la relance du nucléaire. Ces opérations où ces projets de coopération ne seront pas remises en cause. Il faudra toutefois tenir compter des contraintes qu'imposent les ressources humaines disponibles dans l'entreprise. Concernant les Etats-Unis, où EDF a récemment concrétisé l'acquisition de la moitié des actifs nucléaires de Constellation, ce qui est fait est fait, même s'il est trop tôt pour moi pour savoir si je l'aurais personnellement fait.
Avec le recul, ces acquisitions ont-elles été surpayées ?
Ces projets ont été conclus pour ce qu'ils doivent apporter. En Grande-Bretagne en particulier, ce ne sont pas les centrales vieillissantes de British Energy qui nous intéressent, mais l'opportunité de participer à la relance du nucléaire dans ce pays. Si vous voulez me faire dire que nous aurions pu débourser moins, nous étions effectivement le seul candidat en lice au Royaume-Uni. Mais notre équation industrielle ne doit pas seulement reposer sur des ratios financiers.
Vous militez pour qu'EDF soit le capitaine de l'équipe de France en matière de nucléaire. Comment cela peut-il se mettre en place ?
Je souhaite que cette filière se développe de manière harmonieuse et efficace. En l'occurrence, il faut une seule équipe de France.
EDF, qui a construit les 58 réacteurs sur le sol français, est l'ensemblier, celui qui a naturellement vocation à être chef de file. Il s'appuie ensuite sur des spécialistes, dont tel ou tel segment pourrait être étoffé grâce à des partenariats.
A ce propos vous avez été très dur concernant Areva…
Soyons bien clairs : j'exclus toute prise de participation d'EDF dans quelque activité d'Areva que ce soit, qu'il s'agisse des mines, des réacteurs ou encore du retraitement. Areva est un spécialiste avec lequel nous travaillons depuis longtemps. Certaines de ses activités pourraient s'étoffer au gré de partenariats. C'est notre seule préconisation, sachant que seuls les actionnaires, en l'occurrence et pour l'essentiel les pouvoirs publics, décident. Je n'ai jamais déclaré qu'il fallait refondre la filière de fond en comble, ni que la création d'Areva était une erreur. Mes positions ont été faussement interprétées.
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